Néocolonialisme

Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /Oct /2006 13:40
Sur ordre de Maurice PAPON, on assista ce jour-là à un vrai massacre



 

17101961.jpg En 1961, le gouvernement du général Charles de Gaulle et le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) négociaient officiellement. Les négociations d’Evian, débutées le 20 mai 1961, avaient pour objectif non plus des pourparlers sur l’indépendance ou pas de l’Algérie, mais de fixer les conditions et les modalités de cette inéluctable indépendance. Des centaines de milliers d’Algériens vivaient à Paris dans des taudis, des bidonvilles (comme celui de Nanterre), seuls ou avec leur famille et servaient de main-d’œuvre bon marché pour les industries françaises. La guerre d’Algérie touchait presque à sa fin. Les dés étaient jetés : la proclamation de l’indépendance de l’Algérie n’était plus qu’une question de temps ; quelques mois tout au plus.

En France, particulièrement à Paris, le contexte était exécrable, détestable. Depuis 1958, le FLN (Front de Libération National algérien) avait lancé en métropole toute une série d’attentats. En réponse, Maurice Papon (nommé Préfet de Police à Paris cette année-là) prenait de nombreuses mesures s’inscrivant dans une large politique de répression et de terreur à l’encontre des « Français musulmans d’Algérie ». En effet, rafles, textes légalisant les « interrogatoires poussés » voyaient jour. De nombreuses plaintes pour tortures, meurtres, sévices sont déposées, mais aucune n’aboutira. Le 1er septembre 1958, Papon instaurait un couvre-feu pour les Nord-Africains. Un couvre feu rapidement contrecarré par un boycott du FLN. Un FLN très présent et qui encadrait strictement ces immigrés algériens, leur imposant, par exemple, sous peine de mort, de régler des cotisations.

Maurice Papon (l’homme qui livrait des enfants juifs aux nazis, pour ceux qui l’auraient oublié) créait un climat de terreur et de violence destiné aux Nord-Africains. Un Centre d’Identification à Vincennes, où étaient internés sans jugement (par simple décision administrative) les Nord-africains « suspects », était spécialement ouvert. Une brigade de police auxiliaire, composée de harkis « les harkis de la préfecture », pratiquant la torture, était également créée. Le climat devenait de plus en plus malsain et effroyablement inquiétant pour les Français d’origine algérienne.

Le 5 octobre 1961, Papon instaurait un second couvre-feu pour les Français musulmans d’Algérie. A l’annonce de ce couvre-feu, le FLN décidait, comme en 58, de le boycotter. Ainsi, le 7 octobre 1961, une circulaire, émanant de la direction du FLN en Allemagne, demandait à ses militants de cesser leurs attaques contre les policiers français, mettant fin aux d’attentats perpétrés en métropole. Le FLN cherchait à passer de la clandestinité et de la violence à une action pacifique d’envergure, tentant ainsi d’inverser l’opinion publique française. Cette action d’envergure, conduite au grand jour et pacifiquement, le FLN la programmait pour le 17 octobre 1961. Et cette manifestation, en protestation du couvre-feu, aurait lieu dans tout Paris, le long des artères principales de la capitale. Le FLN souhaitait, en outre, y voir participer les familles entières. Les consignes du FLN étaient claires : ne pas répondre aux provocations et aux violences. Les manifestants étaient donc minutieusement fouillés par les responsables du FLN. Des images prises dans les bidonvilles de Nanterre prouvent ces fouilles minutieuses. Les manifestants ne devaient être en possession d’aucune arme ou objet pouvant être utilisés comme arme.

La police parisienne se préparait à cette manifestation. Des cars de police quadrillaient les rues, des policiers cernaient les bouches de métro par lesquelles les manifestants allaient arriver. A la sortie des lignes de métro Etoile et Opéra, au niveau de la station Concorde, sur les grands boulevards, les manifestants allaient être systématiquement matraqués à coups de crosse, de gourdin et de bâton, jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. Ils étaient frappés au visage et sur tout le corps par des policiers particulièrement haineux. Papon leur avait dit lors d’un enterrement d’un policier : « Pour un coup reçu, nous en donnerons dix » et affirmait aux policiers que ceux-ci seraient couverts quoi qu’il arrive. Sur le boulevard Bonne-Nouvelle, au pont de Neuilly, au Pont-neuf d’Argenteuil et en bien d’autres lieux, les policiers ouvraient le feu sur les manifestants. Sur les ponts de Paris, notamment sur le pont Saint-Michel, des hommes étaient jetés à la Seine. Des témoins, comme le futur journaliste Daniel Mermet, assistaient impuissants à cette haine et à cette violence inouïes et inhumaines.

Au cœur de Paris, se déroulait, pendant plusieurs heures une véritable ratonnade, une chasse au faciès, une répression sanguinaire, à laquelle assistait la population parisienne et parfois même collaborait. Papon, en chef d’orchestre, se rendit à l’Etoile pour superviser les opérations et s’assurer que tout se déroulait bien. Des bruits circulaient faisant état de la mort de policiers. Papon ne démentira à aucun moment ces rumeurs qui avaient pour effet d’augmenter la sauvagerie et la haine de certains policiers.

Pendant quatre jours encore cette tragédie continuera. Plus de dix mille Algériens furent interpellés et internés au palais des sports, au parc des Expositions, au stade de Coubertin, au Centre d’Identification de Vincennes. Quatre jours pendant lesquels les violences continuaient. Les manifestants étaient battus. Dans les lieux d’internement, on assistait à des exécutions. Nombreux sont ceux qui mouraient à la suite de blessures non soignées.

Le lendemain de la manifestation, le bilan officiel communiqué faisait état de deux morts algériens. La presse et la préfecture de police annoncèrent qu’il y avait eu des tirs échangés entre policiers et manifestants. Le gouvernement se refusait à toute commission d’enquête, malgré les efforts déployés par quelques courageux parlementaires. De nombreuses plaintes furent déposées, mais aucune n’aboutira.

S’il n’est pas aujourd’hui possible de déterminer le nombre exact d’Algériens qui furent tués le 17 octobre 1961 et les jours suivants, en revanche le livre de J.-L. Einaudi intitulé « La Bataille de Paris » indique qu’il y aurait eu plusieurs centaines de morts. Einaudi semble crédible dans la mesure où ses investigations ont notamment consisté en l’étude de registres de cimetières, de témoignages fiables et de documents du FLN. A noter que de nombreuses archives officielles ont disparu. Pressé de rendre les archives accessibles aux historiens et enquêteurs, le gouvernement français a certes ouvert quelques portes mais refuse de reconnaître la responsabilité des autorités françaises de l’époque et s’en tient à un bilan d’une quarantaine de morts. Ce nouveau bilan, revu à la hausse, prouve qu’il y a bien eu mensonge. La vérité doit apparaître au grand jour : nous avons le droit d’exiger de connaître toute la vérité sur cette nouvelle triste page de l’histoire française.

Ce qui est sûr, c’est que le 17 Octobre 1961, alors qu’ils manifestaient pacifiquement, des « Français musulmans d’Algérie » ont été sauvagement et cruellement réprimés par des forces de police particulièrement remontées et couvertes par le préfet Maurice Papon. Il appartient à chacun d’entre nous de rechercher la vérité et de faire en sorte que celle-ci demeure dans la mémoire collective.

flag.gif Le 17 octobre 2001, Bertrand Delanoë, Maire de Paris, a inauguré une plaque commémorative au pont Saint-Michel. Sur cette plaque est inscrit : « A la mémoire de nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ». Saluons ce geste qui fait honneur à M. le Maire de Paris.

 

 


Touhami Moualek

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Par Moualek Touhami - Publié dans : Néocolonialisme
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 19:12




Des dizaines de milliers de combattants algériens s’étaient vaillamment battus contre l’Allemagne nazie. La victoire finale acquise et la France libérée des griffes des nazis, des intellectuels réclamaient, à juste titre, le même traitement pour tous les citoyens français, y compris ceux qui étaient administrés par le régime de l’indigénat en Algérie. 
 

Et pourtant, le 8 mai 1945, alors que la France entière célébrait sa libération, l’armée française se rendait coupable d’une sanglante répression contre des centaines de milliers de manifestants algériens, rassemblés à Sétif, et venus demander à la France d’honorer ses engagements concernant notamment l’étude d’une possible autodétermination pour l’Algérie. Il n’en fut rien. Premières prémices d’une guerre annoncée, cette répression du 8 mai 1945 avait fait près de 45.000 morts côté manifestants algériens. L’événement fut évidemment minimisé en métropole ; celle-ci ne connaîtra jamais la vérité. Aucune enquête ne sera ordonnée. Rien.

 

Conscients des inégalités, des iniquités et des injustices dont les populations indigènes étaient victimes, bien des intellectuels le firent savoir. Albert CAMUS, entre autres, (intellectuel humaniste né en Algérie) ira jusqu’à dire, après le déclenchement de l’insurrection : « l’Algérie est à conquérir une seconde fois ». Il s’agissait bien sûr de la reconquérir non pas par la force mais en y instaurant justice, équité et égalité. Albert CAMUS ajoutait même : « les Arabes n’ont rien d’inférieur, si ce n’est leur condition sociale ».

 

La guerre qui s’ensuivit, déclenchée en novembre 1954, conduisit le peuple algérien à rompre avec les chaînes du colonialisme et à accéder à une légitime indépendance. Cette guerre de libération fut, sans conteste, l’une des plus horribles et des plus meurtrières de ce siècle. Le FLN avancera le chiffre d’un million d’Algériens « martyrs » morts. Côté français, le chiffre officiel de 34.500 morts sera annoncé. Après 132 années de présence sur le sol algérien, la France fut contrainte de quitter l’Algérie, au terme de 8 années de guerre sans merci. A la suite des accords d’Evian, qui ne furent d’ailleurs jamais signés, l’Algérie proclamait, le 1er juillet 1962 (la date officielle retenue étant le 5 juillet 1962), officiellement son indépendance, suite à l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination, largement remporté par le oui. Pour plus d’un million de pieds-noirs, ce fut le début d’un déchirant rapatriement vers la métropole.

 

Le peuple algérien, privé d’une émancipation socioculturelle et politique, pendant toute la période de sa colonisation, demeurera, sans doute pour longtemps encore, meurtri, blessé et déchiré par cette longue et tragique période de son histoire. Faut-il rappeler qu’en 1962, année de l’indépendance, la population algérienne, estimée alors à 8 millions d’habitants, comptait un taux d’analphabétisme de plus de 90 %. Toute l’illustration, à travers ce taux incroyable mais vrai, d’une implacable politique coloniale ségrégationniste visant à occuper militairement un peuple et déniant à ce dernier le droit de s’instruire, de se cultiver et de participer à la vie sociale et politique du pays. Maintenir les autochtones, composés principalement d’Arabes et de Berbères, considérés d’ailleurs comme des sous-hommes, dans l’obscurantisme, telles étaient les préoccupations permanentes des autorités successives françaises présentes en Algérie.

  

Aujourd’hui, des historiens et des hommes politiques, peu scrupuleux, tentent, en vain, de nous convaincre du rôle positif de la France dans ses anciennes colonies. Autant demander à un esclave qui vient de se faire fouetter de vous parler des bienfaits des coups de fouet assénés par son maître et bourreau. Voici un exemple qui résume à lui seul les injustices dont souffraient les Algériens. Lors d’une élection, les indigènes, alors considérés comme des citoyens de seconde zone, n’avaient pas le droit de vote. Et s’ils étaient autorisés à voter, sous certaines conditions, l’expression même de leurs bulletins de vote n’était pas comptabilisée à égalité avec celle des « européens », puisqu’il fallait près d’une dizaines de voix « indigènes » pour une voix  « européenne ». C’était ainsi que les colons conservaient le pouvoir ; exactement comme la politique d’apartheid qui sévissait également en Afrique du sud. Souvenons-nous de Nelson MANDELA qui a passé plus de 25 ans de sa vie en prison, uniquement parce qu’il avait osé affronter le pouvoir « blanc » en déclarant, à qui voulait l’entendre : 1 homme, 1 voix.

 

Aujourd’hui, l’Algérie, longtemps déracinée, à la recherche de son histoire et de son identité, troublée par cette dure colonisation, est enfin sur la voie de la paix et de la sérénité. Ces dernières années, un homme a particulièrement oeuvré en ce sens : M. Abdelaziz Bouteflika. L’actuel Président algérien est, en effet, parvenu à rétablir la paix civile en évitant à son pays de basculer dans un intégrisme religieux aveugle qui eût été, à n’en pas douter, une descente aux enfers. Abdelaziz Bouteflika est également parvenu à assainir en partie l’économie de son pays et à redonner confiance aux investisseurs étrangers qui, aujourd’hui, s’implantent logiquement en Algérie. A l’instar du sud de l’Espagne, la région d’Andalousie, l’Algérie va connaître un développement rapide. Ses richesses en matières premières (gaz et pétrole…) lui permettent un tel essor. Il est probable que l’Algérie va devenir un nouvel eldorado très prochainement. Et c’est évidemment tout le mal qu’on peut lui souhaiter. Après tant de tragédies, tant de larmes amères et salées, et tant de sang versé, l’Algérie va enfin connaître ses heures de gloire.

 

L’Algérie commerce et coopère avec beaucoup de Nations : les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Italie, l’Espagne, etc. Seule la France n’est pas massivement représentée. Toujours et encore ce différend postcolonial. Quand est-ce que le Président de la République française se décidera-t-il enfin à reconnaître les responsabilités morales de la France dans la guerre d’Algérie ? Il ne s’agit nullement de revenir sur les horreurs et les massacres commis des deux côtés, je pense qu’il faut savoir tirer un trait sur ces drames, mais d’une manière générale d’assumer, côté français, les méfaits du colonialisme dont furent réellement victimes les Algériens. La France s’honorerait d’une telle attitude et cela permettrait enfin aux deux Pays de faire leur deuil. De douloureuses pages de l’histoire pourraient être tournées, réglant définitivement, du moins sur un plan historique, ce lourd contentieux. Tant que la France refusera de voir son histoire en face, il subsistera un malaise profond entre les deux pays, car tout un peuple attend qu’on lui dise officiellement ce qu’il sait déjà, puisqu’il l’a vécu ou appris à l’école : non ! Le colonialisme ne peut avoir eu un quelconque rôle positif pour les individus qui en ont souffert, et dont l’asservissement a fait d’eux des êtres « subconsciemment » soumis pour le restant de leur vie.

 

Au cours des émeutes urbaines survenues dans les banlieues françaises en novembre 2005, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle entre cette politique coloniale qui était menée en Algérie et la politique d’exclusion actuelle conduite dans ces zones périphériques paupérisées, abandonnées, où les jeunes issus de ces terribles ghettos sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Encore et toujours ce prolongement direct d’une terrible guerre d’Algérie qui n’en finit pas de resurgir sur toute cette jeunesse née en France de parents algériens. Décidément, certains n’ont toujours pas digéré une défaite infligée par l’histoire, comme s’ils voulaient à tout prix remporter la seconde bataille d’Algérie, celle qui consisterait à prendre une revanche contre leur propre mémoire.

 

On entend des langues se délier à propos du Chef de l’Etat algérien, M. Abdelaziz Bouteflika. De vilaines personnes racontent, en substance : « Il (M. Bouteflika) critique la France mais n’hésite pas à venir se faire soigner dans ce pays ». Tout d’abord, le corps médical est constitué de scientifiques et la science n’a pas de frontières. D’éminents docteurs en médecine orientaux (Averroès, Avicenne, par exemple) ont montré la voie, il y a de cela quelques siècles seulement. Ensuite, il est tout à fait normal lorsque l’on est malade de consulter les meilleurs médecins mondiaux. M. François Mitterrand n’a-t-il pas de son temps, alors qu’il était atteint d’un cancer de la prostate, fait des voyages aux Etats-Unis et ailleurs dans le but de trouver des remèdes à sa maladie ?


Et puis, n’oublions pas les règles sacrées de l’hospitalité. Ces lois de l’hospitalité qui naquirent en Orient, en plein désert, parce qu’elles étaient la garantie d’une survie dans un environnement particulièrement hostile à l’homme. Tandis qu’en Europe, la civilisation humaine, dominée alors par les lois du plus fort, en était encore à ses premiers balbutiements.


L'Algérie ne doit pas devenir, comme le sont actuellement le Maroc et la Tunisie, une résidence secondaire pour les hommes d'affaires et les riches occidentaux. Oui au tourisme en Algérie, mais pas au détriment du peuple algérien.

 
"On peut falsifier l'histoire, mais jamais la mémoire" Touhami MOUALEK


Touhami MOUALEK

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