Banlieues - Immigration

Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 18:00

 

 
Passer la banlieue au KARCHER : jamais le Président n'a émis le moindre soupçon d'une seule excuse
 


sarkozy_karcher_banlieues_lobo_lobofakes.jpgCe matin-là, en banlieue, un vent fort et violent soufflait. La pluie tombait, inondant les rues et ruelles grises, difformes, défoncées par les inlassables passages des véhicules lourds. Les trottoirs regorgeaient d'eau ; des poches profondes se remplissaient rapidement, débordant et recrachant vite les eaux de pluie diluviennes retenues, transformées en torrents lorsque, libérées, elles dévalaient vers les bouches des égouts qui avalaient cette eau tombée du ciel, tel un ogre se repaissant goulûment. Les maisons, alignées selon une discipline urbaine parfaite, ordonnée, étaient toutes fenêtres closes ; seuls quelques discrets regards d'habitants alarmés, aperçus à travers leurs épais rideaux sombres, observaient les pluies battantes qui fouettaient le sol dans des bruissements terrifiants. Les souffles du vent frémissaient avec violence au contact intense et virulent des branches d'arbres, suspendues aux féroces appétits, aux nouvelles intempéries d'un temps fort capricieux. Quelques frêles branches cédaient aux tournoiements des bourrasques passagères, rompaient, cassant net, et étaient plaquées contre le sol après avoir été projetées à quelques mètres plus loin. Le jour naissait à peine et l'infortune ruinait déjà tout dessein faste à l'horizon. La grisaille, l'ennui et les malheurs avaient pris le dessus en véritables maîtres, comme s'ils emprisonnaient des milliers de citadins, se jouant d'eux, les narguant en les offrant aux calvaires, aux difficultés quotidiennes des banlieues. Les dés étaient jetés ; la désespérance avait gagné. L'espoir avait encore perdu, rendu les armes. Nul ne devait échapper à son destin sous peine d'être rabroué, réprimandé par les gardiens de cette prison géante, à ciel ouvert. Du haut des miradors, les sentinelles veillaient, arme au poing. Quiconque enfreignait les règles d'une société à plusieurs niveaux de chance encourait le risque d'être relégué au plus bas niveau, celui de l'enfer.

Un poète maudit : Charles Baudelaire ; des fleurs, celles du mal, et les banlieues, jamais interprétées comme elles le devraient. L'incompréhension conduit aux conflits, aux mésententes, aux souffrances... et pourtant ! Et pourtant, nous aurions tant de choses à nous dire, à nous échanger. Quelles étranges beautés renferment nos anicroches que nous ne sachions libérer ? Que de trésors perdus, de talents gâchés ! 37 ans ! Voilà, une bien courte vie ! Peut-on avoir vécu si peu et tant marquer l'humanité ? Arthur Rimbaud avait déjà répondu à cette interrogation. Mais où est passée cette France ? Quelle misère l'enferme-t-elle dans les bas-fonds de la médiocrité ?


« Que fais-tu aujourd'hui ? demanda Ibrahim.

- Je vais aller m'inscrire à l'ANPE, répondit Brahim, avec mon BTS en poche, j'espère bien décrocher un boulot rapidement.

- Un conseil, répondit Ibrahim, change de nom sur ton CV. Sinon, tu n'as aucune chance de trouver un job. Moi, ça fait déjà un an que je cherche un boulot et toujours rien. Je vais finir par déprimer.

- Changer de nom, d'accord, mais au moment de l'entretien, je fais comment ? Je me rends à mon rendez-vous masqué, comme au bal ? rétorqua Brahim d'un air amusé et plutôt désabusé.

- Mais non ! Pas du tout ! s'exclama Ibrahim. Tu auras au moins franchi le premier palier, celui d'obtenir un entretien. Après, ce sera à toi de jouer tes meilleures cartes. Tu sais avec un peu de chance, ça peut marcher. Pourquoi pas ?

- De la chance ! s'étonna Brahim. A notre niveau, ce n'est plus de la chance qu'il nous faudrait, ce serait une aubaine inouïe impossible à imaginer. Tu veux que je te dise...

- Oui, l'interrompit Ibrahim, dis-moi ce que tu en penses. Tu es un garçon sensé et raisonné.

- Ce n'est pas mon nom qu'il faudrait changer dans ce putain de pays où tout part à volo ! Ce qu'il faudrait vraiment changer, insista Brahim, c'est la mentalité des gens !

- Eh bien là, je te souhaite bon courage Brahim ! répliqua Ibrahim fataliste. Tu sais, on peut marcher sur la Lune, construire un tunnel sous la Manche, même voler dans les airs, mais changer de mentalité... c'est impossible, voyons ! Il faudrait beaucoup trop de temps !

- Si ! C'est possible ! dit Brahim.

- Et comment ? demanda Ibrahim curieux de connaître la réponse de son ami.

- Tout simplement en nous unissant, en coordonnant nos actions et en respectant les lois de la République. Et ses lois nous protégeraient, elles deviendraient notre meilleure alliée. Pourquoi s'en priver ?

- Hum... ouais ! Ton raisonnement tient la route. Un peu idéaliste, mais il est cohérent. J'avoue avoir moi-même effleuré cette approche des choses, mais devant tant de désunions et de divisions, j'ai vite réalisé que c'était impossible.

- Eh bien, répondit Brahim, nous sommes déjà deux ! Les autres, quand ils auront fini, comme toi, d'effleurer une réalité, ils viendront nous rejoindre et nous serons alors des millions... »


55b69f56-c9bc-11df-8518-b021ae3ba71e.jpgLe vent s'était calmé. La pluie baissa d'intensité, puis cessa progressivement. L'horizon s'était enfin dégagé. Un magnifique arc-en-ciel naquit, déchirant la voûte céleste. Les habitants s'affairaient à leurs principales activités. Des parents accompagnaient leurs enfants à l'école ; d'autres prenaient le chemin des gares, tandis que les arrêts de bus étaient pris d'assaut. Des embouteillages se formaient dans les artères principales de la ville, très empruntées à cette heure matinale. En ce mercredi matin, Brahim et Ibrahim avaient scellé leur sort. Ils s'étaient retrouvés sur le quai des pas perdus, sur les voies de garage, sur les berges d'un canal, au ban d'une société qui refusait de leur offrir une chance, une faveur, une aide vers une réussite à laquelle, comme tout citoyen français, ils avaient droit. Une société qu'ils se proposaient de changer en la débarrassant des réticences, des préjugés, des a priori, des pesanteurs qui l'empêchaient d'évoluer vers plus d'union, de fraternité et d'égalité des chances. Réussiront-ils ? Ils avaient, quoi qu'il advienne, mis le doigt sur la solution à leurs problèmes : l'union et l'unité ! Car unis, nous sommes invincibles ; désunis, nous sommes à la merci des meutes.

 

Touhami Moualek

Auteur de : La Déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance
Editions EDILIVRE.COM

 


Par Moualek Touhami - Publié dans : Banlieues - Immigration
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Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 09:43

La Marseillaise ne se siffle pas, elle est le symbole de la révolution et de l'unité nationale

 


 


Ces propos ont été tenus récemment par monsieur François FILLON : « Il y a les Musulmans et les autres ! » Il faut évidemment comprendre : « Il existe l’Orient et l’Occident, soit deux civilisations distinctes et opposées » ; c’est un ultime appel à une guerre sainte, au choc des civilisations tant voulu et fantasmé par les nostalgiques du temps des croisades et surtout, plus contemporain, du temps des douces colonies… de vacances ! La France est gouvernée par des néo réacs dangereux et nocifs pour la cohésion sociale ! Comment s’étonner ensuite qu’il y ait des réactions incontrôlées et émotionnelles à de tels propos outrageants et déplacés ? Qui sème le vent récolte la tempête.

 

En tant que citoyen français, lorsque j’entends le Premier Ministre François Fillon fustiger de manière irresponsable toute une communauté en la confondant avec d’infimes bandes de voyous, je considère que ce dernier n’est plus le chef d’un gouvernement de tous les Français, mais uniquement d’une partie des Français : la sienne, celle dont il s’est implicitement revendiqué. Car une fois encore, sans chercher à faire la part des choses et prétextant des agissements agacés de quelques jeunes, probablement manipulés, voire infiltrés, le Premier Ministre se sert de ces minorités agissantes pour jeter, encore et encore, l’opprobre sur toute une population française respectueuse, à une majorité écrasante, de la Marseillaise, des Institutions et de la République française. Le Premier Ministre sort de sont rôle de chef de gouvernement de la Nation entière, et donc de tous les Français ; bien au contraire il cultive la division, sans doute pour mieux camoufler ses insuffisances en matière de politique sociale et économique, et surtout à masquer son poste de Premier ministre par intérim, c'est-à-dire n’intervenant que lorsque le Président est en voyage à l’étranger. Et encore !

 

Le Président de la République s’était, en tant que Ministre de l’Intérieur de l’époque, rendu en visite dans les banlieues françaises ; c’était pendant la campagne pour la présidentielle. On se souvient que celui-ci avait traité les (certains) jeunes de banlieue de « racaille » et éprouvé le besoin de les passer au kärcher. Je ne parle même pas des moutons égorgés dans la baignoire, ni du mépris affiché envers les Musulmans de France, pendant les émeutes urbaines de 2005, ni même de l’ambigu « esplanade d’Argenteuil », prononcé à la télévision devant une dizaine de millions de téléspectateurs, véritable provocation destinée à importer le conflit israélo-palestinien en France, par celui qui deviendra le Président de la République française. Le Premier Ministre n’a donc retenu aucune leçon puisqu’il reproduit exactement les mêmes fautes, les mêmes incorrections, les mêmes mots, les mêmes maux : stigmatiser les banlieues et une partie de la population française sous prétexte de quelques sifflets (même s’ils sont effectivement répréhensibles), émis par d’anonymes spectateurs dont on ignore qui ils sont réellement. Et pourquoi tout de suite s’en prendre à tout le Maghreb ? N’est-ce pas démesuré, irresponsable ? Cette attitude ne va ni apaiser, ni calmer les esprits. Ce problème est avant tout pédagogique. Si l’on veut que tous ces jeunes ne sifflent plus la Marseillaise, il faut les considérer comme des Français à part entière. Or, que l’on soit en haut de l’affiche, ou en bas de l’échelle sociale, quand on est un Arabe, on reste un Arabe ; n’est-ce pas monsieur Azouz BEGAG, n’est-ce pas monsieur Nicolas SARKOZY ?

 

Il est scandaleux de constater qu’en France l’on comprenne que certaines minorités sifflent l’équipe de France et la Marseillaise pour exprimer leur mécontentement – n’oublions pas que les Corses ont sifflé l’hymne national français au stade de France ; on n’a pas pour autant accusé tous les Corses d’être des antirépublicains, des traîtres ou des terroristes – et qu’une incompréhension totale soit affichée pour d’autres minorités. Soyons clairs, ces sifflets sont irrespectueux et insultants pour la France et les Français ; c’est ainsi que le ressentent nos compatriotes et il faut bien sûr entendre, comprendre leurs amères réactions. Mais ces sifflets sont désormais sujets à des interprétations variables : ils sont jugés moins offensants quand ils émanent d’Israéliens, de Corses, d’Italiens, de Portugais et d’Espagnols, pour ne citer que ceux-ci. Par contre, lorsqu’il s’agit de sifflets supposés maghrébins, immédiatement un consensus au sein des principaux partis politiques se noue instantanément, comme un réflexe néocolonial. La République serait presque en danger ! C’est une réaction brutale, incontrôlée, disproportionnée, révélatrice d’une atmosphère lourde, d’une morosité ambiante suffocante. Qu’est-ce que cela signifie ? Ainsi, la classe politique comprend, puisqu’elle ne réagit pas négativement, que des Français d’origine italienne, portugaise et espagnole, par exemple, soutiennent leur équipe nationale d’origine et sifflent l’équipe de France de Football lorsque celle-ci évolue en France, au nom de leurs origines, de leurs racines. Inconsciemment, ou consciemment, cette classe politique interdit, à l’inverse, à des Maghrébins de soutenir leur équipe nationale d’origine, obligeant ceux-ci à en rendre compte immédiatement à la Nation entière. Les voleurs de mémoire aigris et revanchards n’ont pas renoncé à leur folie, leur sale guerre, leur lutte passéiste qui consiste à pratiquer une excision sur la mémoire des filles et des fils d’anciens colonisés. Les couper d’une mémoire dont ils (les néocolonialistes) n’ont toujours pas compris que celle-ci ait pu survivre aux intempéries du temps, aux douleurs et aux souffrances qu’ils lui ont infligées. Les excités de l’histoire refont surface à la moindre occasion, et celle-ci était en or, une offrande du destin qu’ils se devaient d’attraper au vol.   

 

Les immigrés, nous le savons maintenant, ont été parqués dans des ghettos construits dans des villes-dortoirs, principalement dans les banlieues [ban (mise au ban) et lieu (relégué en un lieu distant)]. Ceux-ci ont eu des enfants, eux-mêmes devenus des adultes ayant eu des enfants à leur tour. Les discriminations, les injustices et les iniquités dont est victime la communauté maghrébine (il y a bien entendu d’autres communautés concernées) ne sont malheureusement plus à démontrer. Alors je dis à celles et ceux qui, à la légère, siffleraient la Marseillaise, qu’ils ne doivent pas se tromper de cible. La Marseillaise est l’hymne nationale français avec toute la symbolique, l’histoire, l’héritage et les valeurs qu’elle représente. Alors, siffler la Marseillaise signifie s’en prendre à toutes ces femmes, ces hommes qui ont fait de la France une République, un Etat démocratique où même les nouveaux réacs s’obligent à respecter les principes de droit et de liberté accordés aux individus. S’en prendre à la Marseillaise ce n’est pas critiquer les membres du gouvernement actuels et la majorité de la classe politique française, c’est au contraire leur donner l’occasion d’exprimer leur intolérance, leur racisme et leur xénophobie, pour certains, et surtout de stigmatiser les immigrés d’origine musulmane dans leur ensemble ; ce qui fut chose faite dès le premier sifflet entendu dans le stade.

 

Alors, respectez la Marseillaise, même si beaucoup ont bien compris le message exprimant votre sentiment d’être les laissés pour compte de la République : « Nous sommes aussi des Français, acceptez-nous et respectez-nous tels que nous sommes ! », telle a été votre doléance. J’aimerais vous dire qu’il existe d’autres moyens dans un Etat de droit de se faire entendre. Plutôt que de prendre les symboles de d’Etat pour cible, critiquez plutôt les politiques qui sont les vrais responsables de ces échecs terribles en matière de politique de la ville, d’intégration, d’égalité des chances, et particulièrement aux élus de la Nation. Siffler la Marseillaise n’est pas la solution. Au fond de vous-mêmes, vous aimez profondément la Marseillaise.

 

Monsieur le Premier Ministre, lorsque de jeunes Français se comportent mal en commettant des actes d’outrage envers les symboles de l’Etat, faites-les donc juger par les instances compétentes de notre pays mais en tant que citoyens Français, pas en tant que jeunes Français d’origine maghrébine. Car là vous pointez du doigt toute une communauté. Et dois-je rappeler également qu’il est strictement interdit, au sein de la République française, de tenir compte des opinions politiques, religieuses, philosophiques, et de l’appartenance ethnique de tout individu vivant sur le sol français. Ce serait une atteinte aux libertés individuelles : un bien commun inestimable. Quand de jeunes Français sifflent la Marseillaise, c’est la République qui pleure. Elle pleure parce qu’on discrimine ses enfants.

 

Touhami Moualek 

Auteur de : La Déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance
Editions EDILIVRE.COM


Par Moualek Touhami - Publié dans : Banlieues - Immigration
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Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 23:32

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Bleu - Blanc - Rouge (République, Royauté, Sang de la Révolution)

 

 

 

 

 

 

 

 

Très très beau film de Lakhdar-Hamina

 

 

 

 

 
 
 

Systématiquement marginalisés et renvoyés à leurs banlieues, comme s’ils n’habitaient pas en France et n’étaient pas des citoyens français ordinaires, les jeunes (et les moins jeunes) habitant les quartiers, dits populaires, sont depuis des décennies et des décennies déconsidérés, abandonnés, discriminés et parqués dans des ghettos qui n’ont, souvent, rien à envier à ceux du tiers-monde. D’ailleurs, cette population n’est-elle pas considérée comme une population du tiers-monde ? Les quelques réussites sociales, citées et rencontrées par-ci et par-là, sont malheureusement des exceptions qui confirment la règle générale, et sont utilisées à des fins de diversions en vue d’éluder les vrais problèmes sociaux rencontrés par ces populations issues, pour la plupart, de l’immigration. Un exemple simple : comment ose-t-on, aujourd’hui encore en France, parler d’intégration à des jeunes nés en France ? C’est incroyable, j’allais dire invraisemblable ! Mesdames et Messieurs les politiques, répondez-nous. Nous sommes curieux d’entendre vos réponses.

Ainsi, toute création artistique, toute tentative de créer une entreprise commerciale, toute initiative visant à donner la parole aux habitants des banlieues, et toute esquisse ou tentative de rentrer dans le cercle de la politique, des milieux de décision à quelque niveau que ce soit, sont vouées à l’échec parce qu’elles sont dès le départ soit écartées par des procédés racistes et discriminants – et les principaux activistes dans ces domaines appartiennent aux élites en place –, soit elles ne seront jamais accueillies favorablement, tout juste tolérées, puis définitivement exclues par la suite. Les créateurs, les étudiants, les ouvriers, les dirigeants, les citoyennes et les citoyens tout court, quels qu’ils soient sont obligés de fournir toujours plus d’efforts que la moyenne, faute de moyens matériels et humains suffisants, d’infrastructures inadéquates, pour se hisser au niveau des meilleurs ; et cela ne leur est même pas reconnu. L’égalité des chances n’existe que sur le papier.

Nous savons qu’il existe et qu’il existera toujours des fossés entre riches et pauvres, entre puissants et faibles. Les luttes et les combats politiques ayant, en principe, pour vocation de tenter de toujours réduire ces inégalités et ces injustices. Or, nous constatons qu’il y a effectivement eu des progrès, des avancées dans ces domaines, grâce aux luttes des Français. Mais ces progrès ne bénéficient pas aux populations habitant les quartiers les plus déshérités, les plus démunis, comme ils bénéficient aux citoyens « ordinaires ». Cela démontre le désintérêt, le laxisme et la faillite des politiques menées par tous les partis qui ont eu a exercé le pouvoir en France ; et encore, peut-on vraiment parler de politique, ce mot paraissant usité à mauvais escient. Ce « laissé pour compte » se traduit, au sein des jeunes particulièrement, par des actions de rebellions, des émeutes et des manifestations en tous genres. Et pour répondre à ces situations de crise, les pouvoirs publics font appel aux forces de l’ordre. Les foyers de révolte sont ainsi éteints, dans la répression, jusqu’à la révolte suivante. Et cela fait plus de trente ans que nous sommes dans ce cercle infernal. « La prévention est le moyen le plus sûr pour éviter d’avoir à recourir à la répression » ont alerté d’innombrables associations et d’éminents spécialistes en la matière. Mais rien. Personne n’entend. Tout le monde reste sourd.

Il ne s’agit pas de repeindre les murs des bâtiments, ni celui des cages des ascenseurs, en dissimulant les misères, ni de construire des terrains de sport, même si ceux-ci sont évidemment nécessaires, mais plutôt de conduire une politique qui soit volontariste dans le but de combattre, sans jamais faiblir, toute forme de discrimination et toute forme de racisme à l’encontre des habitants des banlieues. Car nous savons, et vous le savez également Mesdames et Messieurs, que les Maghrébins et les Noirs africains, essentiellement, sont les premières victimes de ces discriminations intolérables.

Les mentalités doivent désormais évoluer dans ce pays. Les pouvoirs publics ont un rôle capital à tenir dans ce sens. Car aujourd’hui, que vous soyiez d’origine noire, maghrébine, ou même européenne (blanche) et que vous habitiez dans des zones géographiques nécessitant l’utilisation du RER B (Paris – Aéroport Charles de Gaulle), par exemple, vous auriez de grandes chances de vous voir refuser un emploi sous prétexte que cette ligne a la réputation d’être une ligne à problèmes. Discriminés même dans les transports !

L’argumentaire consistant à amalgamer délinquance et jeunesse des banlieues, assistanat et Français d’origine étrangère, est éhonté et parfaitement faux. Des écornifleurs, il y en aura toujours, quels que soient les systèmes. Ces « profiteurs » du système social ne sont qu’une minorité et là encore il ne faut pas généraliser. C’est à l’Etat de faire respecter les règles de fonctionnement.

Sortir des ghettos, des cités-dortoirs, par des constructions de logements qui soient plus humains, et pourquoi pas en accession à la propriété (des milliards d’euros sont gaspillés chaque année inutilement) ; par des réseaux de transports ferroviaires plus fiables et moins vétustes ; par des écoles publiques qui redonnent l’envie à des centaines de milliers d’élèves d’apprendre et d’accéder au savoir ; par des centres culturels qui permettent à chacun d’exprimer ses sensibilités artistiques et d’apprécier les créations artistiques d’autrui ; par des préventions efficaces sur les fléaux de notre société (alcool, tabac, drogue, MST, etc.) ; par la responsabilité de chacune et chacun passant par le droit à la citoyenneté et à vivre ensemble dans une démocratie qui soit plus proche des citoyens. Voilà une liste, non exhaustive, de moyens concrets et réalistes pour redonner confiance aux banlieusards et aux jeunes, en particulier, qui seraient prêts à jouer le jeu, à s’investir dans une société qui leur tendrait les bras et non qui leur tournerait le dos, comme c’est trop souvent le cas. Et je vous garantis que vous seriez surpris des résultats.

Et si l’Etat ne peut pas tout, il peut au moins une chose : redonner l’espoir et faire en sorte que l’égalité des chances ne soit plus un vain mot. Ce qui pourrait arriver de pire à la France serait que sa jeunesse doute d’elle-même et de la société française toute entière. Et sans jeunesse, point d’avenir pour une Nation quelle qu’elle soit. Car tous ces enfants seront la France de demain. Un peuple qui doute est un peuple en mal de devenir.

Enfin, une reconnaissance de tous les acteurs qui contribuent, souvent dans l’ombre, loin des médias et sur le terrain, à aider les plus faibles et les plus fragiles à se maintenir la tête hors de l’eau, serait une formidable avancée vers plus de fraternité et de solidarité entre les citoyens. Ce que l’on entend sortir de la bouche des plus jeunes n’est pas forcément de réclamer des millions d’euros d’aide, mais des exigences en termes de respect, de main tendue, d’égalité, de droit et de justice pour tous, afin que n’importe quel citoyen ait la certitude qu’ils fait partie de la Nation et qu’il en est un acteur à part entière. On ne peut plus continuer à avancer en excluant une partie, de plus en plus nombreuse, de la société française. Tôt ou tard, elle nous rattrapera et nous demandera des comptes.

Monsieur Nicolas SARKOZY, vous êtes le Président de tous les Français, mais peut-être, et je le dis humblement, devriez-vous être un petit peu plus celui des plus faibles, des plus démunis. La caravane doit avancer au rythme du plus faible, pas au rythme du plus fort. Sinon, combien de survivants parviendront au bout du voyage ?

 

 

Touhami Moualek

Auteur de : La Déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance
Editions EDILIVRE.COM

Par Moualek Touhami - Publié dans : Banlieues - Immigration
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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 13:32
les-Bleus-de-la-banlieue.jpg Ces bleus qui ont marqué le maillot de l'équipe de France d'une étoile à jamais




Tiré du quotidien 20 Minutes :

« Pour Jacques Myard, député UMP des Yvelines, « la crise des banlieues » ne trouvera pas de solutions « à coup de centaines de millions d’euros et d’assistance sociale ». « Ouvrons les yeux : le problème n’est pas économique. Il s’agit en réalité d’un communautarisme ethno-culturel anti-France d’une société étrangère qui s’est constituée sur notre sol, qui se nourrit d’un racisme ordinaire anti-français alors même que ces émeutiers ont la nationalité française », a-t-il déclaré dans un communiqué. »



 

Affligeant. Il faut que le monde entier voie, lise et entende ce qui se dit en France des enfants issus de l’immigration. Après avoir colonisé les parents, puis usé ces mêmes parents à de durs travaux de reconstruction de la France, détruite par des avions et des chars nazis, voilà qu’on voudrait maintenant jeter leurs enfants à la mer comme offrande aux requins. Pays des Droits de l’Homme, la France rechute peu à peu dans un climat raciste et xénophobe ; un climat que l’on aurait pourtant cru dernière nous. Et cette atmosphère resurgit grâce, non plus à l’extrême droite, mais à la droite dite traditionnelle.


J'espère bien, cette fois-ci, que des associations à caractère antiraciste (MRAP, LICRA, SOS Racisme, etc.), déposeront plainte contre cet indigne élu du peuple pour incitation à la haine raciale, calomnie, diffamation et insulte envers des citoyens républicains français. Quelle est la limite de l’immonde ? Quel est le seuil de tolérance face à l’intolérance ? Voilà où des discours, de plus en plus irresponsables, prononcés par des responsables politiques au plus haut niveau de l’Etat, nous conduisent. Nous allons de dérives en dérapages, et d’insultes en humiliations. Comment ne pas comprendre notre révolte devant tant de mépris déclaré ? Ces paroles ne sont même plus écoeurantes, répugnantes, révoltantes et malfaisantes, elles sont intellectuellement licencieuses, malhonnêtes et empreintes d’un rejet de l’autre qui dégage un racisme extrême, une haine de l’autre humainement insupportable et insoutenable.


     

Ainsi, les banlieusards seraient donc tous des émeutiers professionnels, des antifrançais, des communautaristes racistes. Le ton est donné ; le fond est atteint. Quel ramassis d’insultes, d’ignominies ! L’infâme et l’ignoble atteignent un paroxysme encore jamais égalé. Qui osera mettre la barre plus haut ? Qui battra ce nouveau record dans les allégations, les assertions les plus viles, les plus abjectes ? La France crache, la France vomit. La France maudit et salit. La France expulse des ressentiments enfouis, jusque-là, au tréfonds de son âme. Il est des mots qui vous heurtent la conscience, vous giflent injustement, tel un enfant puni à tort.



Monsieur Jacques MYARD, mais alors que faudrait-il faire, selon vous, pour sortir les banlieues des difficultés « morales et physiques » dans lesquelles elles ont été plongées ? Envoyer l'armée ? Les démolir à coups de mini bombes atomiques ? Massacrer les habitants des banlieues qui sont, selon vous, des racistes, des antipatriotes et des profiteurs des régimes sociaux ? Vous l’ignorez peut-être, mais les banlieues font déjà l’objet de surveillance par des drones, et sont quadrillées par les forces de l’ordre. Il ne manque plus qu’à donner un assaut final. Peut-être préconisez-vous également de renvoyer les banlieusards d’où ils viennent dans des cargos ? Décidément, la honte est devenue, en France, un bien public précieux. Monsieur Jacques MYARD, permettez-moi de vous dire que si l’ignorance et la stupidité tuaient, vous ne seriez plus de ce monde. 

 


 

« Au bout d’un long voyage, j’ai fini par apercevoir, au loin, un arbre ombragé. Un soleil torride m’harassait. Je rejoignis l’arbre, m’assis adossé à son tronc, puis le visage recouvert de mes deux mains, j’ai longuement pleuré. Un sentiment d’intolérance extirpa de ma poitrine des larmes salées. Ce soleil brillait. Mais moi, il me brûlait. Je pris alors conscience combien il est difficile de survivre à l’exil. »  Touhami Moualek

 


Touhami Moualek 

Auteur de : La Déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance
Editions EDILIVRE.COM

 

Par Moualek Touhami - Publié dans : Banlieues - Immigration
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Jeudi 15 novembre 2007 4 15 /11 /Nov /2007 23:15

Fadéla AMARA : « Il faut désenclaver les esprits. » Cela veut donc dire que la secrétaire d’Etat à la politique de la Ville dénonce l’isolement intellectuel terrible dans lequel se trouvent les banlieues. Nous sommes là assez loin des fondamentaux théoriques de son association « libératrice » des femmes, je veux bien sûr parler de « Ni Pute Ni Soumise. » Peut être faut-il rappeler à Mme AMARA quels sont les problèmes des banlieues. En tout cas, les plus cruciaux. Ils sont d’ordre d’urbanologie, social, économique, sécuritaire et d’idées.


 

Banlieue Urbanisme  

La construction de grands ensembles immobiliers pour faire face à la crise du logement d’après-guerre a été évidemment décisive. Tout avait été fait dans la précipitation et donc bâclé. Tous les pouvoirs politiques, de gauche et de droite, les Architectes et les promoteurs portent une lourde responsabilité dans ces choix. Certes, ces tours ont permis à des familles entières de trouver un logement relativement confortable, mais tous les aspects sociaux, culturels et de promiscuité ont été négligés à la seule idée obsessionnelle de construire rapidement des logements. Ces tours infernales bétonnées de toute part se sont vite transformées en cités-dortoirs, en ghettos pour travailleurs immigrés, et en des immenses zones d’errance pour des centaines de milliers de jeunes désœuvrés, génération après génération. La politique de l’Etat n’a jamais été celle d’intégrer les populations issues de l’immigration, vivant pour la majorité dans des cités de banlieues, mais bien au contraire de chercher à les isoler, à créer les conditions d’un regroupement de ces populations par affinités culturelles, raciales et religieuses. La sélection par l’argent a ensuite naturellement fait le tri. Les plus aisés quitteront rapidement ces bâtiments sans âme, les plus défavorisés y resteront cloués jusqu’à la fin de leur vie. Et nous sommes, aujourd’hui, toujours dans cette logique implacable d’une exclusion par le logement, par les conditions de vie et par un environnement social de plus en plus dégradé de ces zones géographiques « maudites ». C’est ce qui a produit et produira encore le communautarisme actuel si cher à notre Président de la République M. SARKOZY. Le contraste entre la capitale et les banlieues est saisissant. Si rien n’est fait pour instaurer plus d’humanité, de droit et de justice dans ces zones à risques, il y aura fatalement des explosions sociales graves à répétition. Les émeutes de décembre 2005 ont été un simple aperçu.
 

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Les conditions de voyage dans les transports collectifs sont pénibles et nuisent à une réelle fluidité entre la capitale et les banlieues, frustrant des millions de banlieusards obligés d’emprunter ces transports, les trains étant de plus en plus obsolètes, désuets et détériorés. Les discriminations, les ségrégations ont mis un frein à une réelle envie des jeunes de banlieue, en tout cas pour une grande part, de jouer pleinement leur rôle de citoyen et donc de se sentir pleinement concernés par la citoyenneté. Une réaction qui semble convenir aux pouvoirs publics, puisque ceux-ci semblent manifestement satisfaits de cette situation. Si l’environnement urbain immédiat (fruit du tout béton) a produit des jeunes pleins de vitalité et ayant envie de créer un tas de choses sur un plan artistique, il a aussi eu pour effet de créer parmi la jeunesse une espèce de sentiment de rébellion, de retrait par rapport à la société, et de développer parmi eux des idées de révolte, de contestation et de méfiance à l’égard de tous les symboles de l’Etat. L’école laïque, celle de la République, connaît un recul sans précédent face à l’école privée. L’enseignement public, celui qui a tant et tant formé d’augustes personnalités, est sur un irréversible déclin, preuve de la faillite de notre modèle de société. La fracture sociale a causé plus de ravages dans les banlieues puisque c’est précisément là que résident nombre de Français de condition sociale modeste. Aujourd’hui, je puis témoigner que des quartiers entiers (dans le 93) sont livrés à une totale anarchie et laissés à l’abandon à des familles (d’origine maghrébine et noire principalement) complètement désemparées, au point où l’on se demande si ces familles vivent encore en France. Il y a une volonté de regrouper des familles en détresse, sur le plan social et financier, au risque de produire une cassure définitive entre ces populations et la société française. Beaucoup aimeraient sortir de cet enfer, mais il n’existe plus cette solidarité nationale qui aidait à prendre un nouveau départ. Selon des témoignages, les services sociaux de certaines communes de la Seine-Saint-Denis, directement concernées par ces drames humains, attribuent des logements selon des critères ethniques, voire religieux. Il y a donc une politique communautariste délibérée et recommandée dans les banlieues. Sommes-nous encore en France, un Etat unitaire, laïc et fondé sur les bases de : liberté, égalité, fraternité ? On peut en douter. Savez-vous, mesdames et messieurs, qu'un employeur hésite aujourd'hui à recruter des candidats devant emprunter la ligne B du RER, à cause de la réputation de cette ligne ? A qui la faute ? Aux banlieusards ? L’avenir des banlieues françaises passerait-il désormais par une gestion de la pauvreté ; gestion conduite par les pouvoirs publics

 

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Parents pauvres de la République, beaucoup de banlieues sont les dernières à être équipées, tant sur le plan des infrastructures, que sur le plan des incitations à l’investissement. Pour illustrer cet échec programmé, dans un objectif électoraliste, je prends l’exemple des zones franches. Nos énarques ont décidé de combattre le chômage des banlieues par un raisonnement plutôt simpliste. En effet, ceux-ci crurent, ou nous ont fait croire, qu’en diminuant le chômage, cela aurait, selon leurs savantes analyses, pour conséquence directe de diminuer la délinquance. Naïveté ou candeur d’esprit ? Le PS a répondu par la voix de Lionel JOSPIN. Qu’ont décidé nos élus ? De créer des zones franches, c’est-à-dire des zones géographiques où les investisseurs qui s’y installeraient bénéficieraient de réels avantages fiscaux. Autrement dit, puisque ces zones sont sinistrées, nous aidons des entrepreneurs à s’y installer et ainsi cela fera disparaître tous les trafics, puisque ces entreprises créeront des emplois. Au lieu de rétablir l’ordre et le droit dans ces zones contrôlées par quelques caïds, et ensuite inciter les entrepreneurs à venir s’y installer en toute sécurité, nos gouvernants ont fait l’inverse. Comme si les entreprises privées avaient le rôle et le pouvoir de rétablir la sécurité dans les zones difficiles. Ces politiques à l’envers ont conduit nos banlieues au désastre. Irresponsabilité ou politique planifiée ? Je suis en droit de penser qu’il a été décidé, en haut lieu, qu’il fallait faire en sorte de laisser les banlieusards dans les banlieues, sans possibilité d’en sortir, comme si cela était inné, presque prédestiné. Si Fadéla AMARA reprend les mêmes remèdes, elle aura les mêmes résultats, mais avec une nouveauté : comme on a demandé aux entreprises de jouer les agents de sécurité, on aura, cette fois-ci, demandé à des banlieusards eux-mêmes (en la personne d’AMARA) de régler eux-mêmes leurs problèmes. Preuve que l’Etat se fiche éperdument des banlieues. Si nos dirigeants sont incapables de résoudre nos problèmes, ils ont au moins reçu une solide formation dans l’art et la manière de se dessaisir des dossiers encombrants. Du grand art ! Le choix de Fadéla AMARA par l’actuel Président n’est donc pas innocent et va dans la ligne des politiques antérieures auxquelles d’ailleurs monsieur Nicolas SARKOZY avait déjà participé.

    

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Laissées pratiquement à l’abandon par les pouvoirs publics successifs, les banlieues ont vu naître en leur sein tout un tas de trafics parallèles qui créent une insécurité, parfois un climat de terreur. Ce que l’on dénomme : l’économie souterraine. Cristalliser comme le fait le pouvoir actuel sur les bandes de voyous qui alimentent ces réseaux mafieux, revient à stigmatiser tous les habitants des banlieues, majoritairement des citoyens honnêtes et travailleurs. Il est intolérable de laisser se développer une insécurité pour ensuite s’en servir à des fins politiques. Ceux qui devraient baisser la tête sont les malfrats et non pas les mères ou les pères de famille respectables. Concernant la sécurité, bien avant les nantis et les privilégiés de la société française, ce sont les banlieusards eux-mêmes qui l’ont réclamée à cor et à cri. Dès les années 90, des milliers de jeunes étudiants (collégiens et lycéens) sont descendus dans la rue pour réclamer le droit de pouvoir étudier en toute sécurité. Mais en France, le phénomène de l’insécurité devient un enjeu majeur dès l’approche d’une élection, puis est mis aux oubliettes en attendant l’échéance électorale suivante. Ce que nous qualifions d’instrumentalisation de l’insécurité. Je pense que tout le monde, à présent, a bien compris ce stratagème ; inutile donc de s’étendre là-dessus. Cependant, ceux que l’on utilisait à des fins de diversion, comme un rituel à l’issue de chaque enjeu électoral, se sont joints et raccrochés de force à la société française, malgré tous les écueils dressés sur leurs chemins. Et ça, ce n’était pas vraiment prévu au programme ! Je crois maintenant à un isolement définitif des banlieues. Et cela me parait être plus un dessein qu’une réelle fatalité. Et quand on sait que des conseillers, venus spécialement d’Israël, ont apporté leurs « expériences » quant aux méthodes « d’administration » de populations telles celles vivant à GAZA ou en CISJORDANIE, tout est à craindre. Monsieur Nicolas SARKOZY était à l’époque encore Ministre de l’Intérieur. Je rappelle que la France compte plus de 5 millions de Français musulmans, soit plus que la population d’un Etat comme celui d’Israël.

 

TM seulLes idées 

On nous sert le choc de civilisation à toutes les sauces. Un fantasme qui crée une immense jouissance parmi nombre de prétendus intellectuels français qui, à défaut de répondre aux vraies questions des citoyens, aimeraient bien nous orienter sur le terrain des confrontations culturelles et religieuses ; comprenez, chers concitoyens, un nouveau départ pour de nouvelles croisades. C’est plus facile de se décharger sur l’étranger, celui qui ne serait pas « ordinaire » et étrange, plutôt que de trouver des réponses à ses propres douleurs, ses propres maux. Demandez à un malade s’il accepte sa maladie et vous aurez vite compris sa réponse. Or, ce que veulent résolument ignorer ces représentants de l’élite française (qu’est-ce qu’une élite ?), c’est qu’il naît, à l’évidence, de plus en plus de nouvelles idées fraîches dans les banlieues. La fonction crée l’organe. Ecartée et discriminée, la jeunesse des banlieue s’est distinguée en faisant preuve d’imagination, en s’accrochant trois fois plus que la moyenne à ses objectifs, et s’est surtout préparée à réagir aux obstacles qu’elle appréhende. Cette jeunesse pleine de ressources humaines, pleine de talents, pleine de vigueur et d’énergie, a finalement su s’adapter à ses conditions de vie difficiles. Si bien que le choc des civilisations, tant attendu, tant espéré et tant souhaité par nombre d’intellectuels français, n’aura jamais lieu. Parce qu’il ne s’agit pas d’un choc des civilisations, mais d’un choc des idées. Et c’est bien ce que redoutaient tant nos intellectuels : se faire damer le pion dans leurs « domaines » réservés. D’ailleurs, à ce propos, des intellectuels, dignes de ce nom, n’ont-ils pas pour vocation de nous aider à trouver des solutions, à défaut de nous guider ? Mais voilà, ils brillent plus par leur absence des débats publics, et se focalisent plus sur des thèmes hors contexte et hors sujet, tels les commémorations historiques, les devoirs de mémoire et autres sujets, certes sérieux, mais aux antipodes des problèmes des Français. En 2007, ce qui intéressent les Français ce sont les problèmes d’actualité pas ceux du passé, fût-il douloureux et dramatique.

 

Touhami Moualek 

Auteur de : La Déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance
Editions EDILIVRE.COM

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Par Moualek Touhami - Publié dans : Banlieues - Immigration
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