Néocolonialisme

Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 13:43

petrole-libye.jpg Intervenir militairement en Libye, dans le but de protéger les populations civiles et leur éviter d’être massacrées par le régime sanguinaire et dictatorial de Kadhafi, était chose inévitable. C’était l’aspect humain de cette affaire. J’ai été personnellement favorable – même si je ne me suis pas fait que des amis dans cette histoire – à cette décision prise au Conseil de Sécurité par le vote de la résolution 1973, adoptée en mars dernier. L’esprit de cette résolution a été, en ce qui me concerne, parfaitement défini : protéger les civils, imposer une zone d’interdiction de vol, et recourir à la force si nécessaire. Je rappelle ici les propres déclarations de monsieur Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU : « La résolution 1973 réaffirme la souveraineté libyenne, son intégrité territoriale et exclut explicitement toute occupation du territoire libyen. » Il a également pris soin de préciser, à chaque fois,  que les opérations entreprises étaient dictées par un seul et unique objectif : sauver les vies de civils innocents. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut à tout prix s’en remettre au droit international. Ce qui n’exclut pas le fait de faire valoir ses positions et de refuser le deux poids deux mesures, systématiquement accordé, par exemple, à Israël. De plus, devant l’inexistence et l’inefficacité de la Ligue arabe à régler quoi que ce soit dans le monde arabe, il fallait bien réagir. On peut évidemment se demander si parfois de tels bombardements intensifs étaient nécessaires. Kadhafi est le responsable d’une telle faillite humaine et politique.

 

BHL_chel_mossad.jpgA partir de là, sur le terrain, il fallait attendre de voir. C’est la France, avec l’Angleterre, qui a pris les initiatives. Mais très vite, du fait de la réintégration de la France au sein de l’OTAN (à l’initiative exclusive de Nicolas Sarkozy et contre une décision antérieure du Général de Gaulle de quitter l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord), la France sera « dessaisie » de son rôle de leadership dans ce conflit. C’est L’OTAN qui reprendra les commandes. Les USA, déjà enlisés en Afghanistan et en Irak, vont prêter main-forte, mais se retireront très vite, assurant néanmoins leur soutien aux alliés, et se disant prêts à intervenir si l’OTAN et la situation sur place l’exigeaient. Ils mettront à la disposition de l’OTAN leurs services de surveillance par voie satellitaire, et avions AWAX (surveillance aéroportée). La France sera contre une reprise en main par l’OTAN. Mais quand on décide de revenir dans un groupe, il faut en assumer les conséquences. Confirmation que la France n’a plus du tout les mains libres. La Chine et la Russie (pays permanents) qui n’ont pas brandi leur droit de veto, sur insistance de la France, au moment du vote de la résolution 1973, et qui se sont abstenus, observent la situation et lancent régulièrement de sérieuses mises en garde très explicites : pas d’ingérence dans les affaires intérieures libyennes. Quant au CNT (Comité National de Transition), organisation fantoche et théâtrale dans la mesure où celle-ci discute non plus avec des officiels de la diplomatie mais avec un BHL (Bernard Henri-Lévy) dont tout le monde connaît les prises de position radicales en faveur de l’idéologie politique sectaire et sioniste, fondée par Benjamin Ze'ev (Theodor Herzl), apparaît comme une nouvelle marionnette implantée en Libye à des desseins occidentaux. Bref, le CNT est tout sauf représentatif des populations libyennes. Des populations complexes du fait des disparités tribales, claniques, et surtout n’ayant aucune structure d’Etat ; ce sur quoi Kadhafi consolidait son règne. Tout le monde siégeait dans des Conseils Populaires n’ayant aucun pouvoir, mais en fin de compte c’est Kadhafi qui, seul, régnait en maître absolu. La Nation libyenne n’a jamais existé : preuve que Kadhafi n’était pas sincère et honnête avec son peuple.

 

Algerie-Libye_686a62.jpgA ce jour, et après la chute du régime de Kadhafi (ce dernier finira bien par être arrêté, ou tué, car il ne pourra pas jouer les fugitifs indéfiniment), un puissant et influent pays de la région, l’Algérie, a reconnu bon gré mal gré le CNT comme nouvelle et unique autorité suprême libyenne. Une Algérie inquiète de voir à ses frontières des forces armées occidentales. La guerre d’Algérie n’est pas si loin que cela et les traumatismes sont encore présents. Et l’Algérie a raison de s’inquiéter car tout prête à confirmer ses inquiétudes. En effet, dernièrement, c’est à Paris, en présence de soixante chefs d'Etat et sur convocation de Nicolas Sarkozy, que s’est décidé le sort de la Libye. Pourquoi Paris et pas Tripoli ? Et hier, 15 septembre 2011, messieurs Sarkozy et Cameron, se sont rendus en Libye. Une faute politique ! Ce déplacement peut être interprété comme ayant pour but d’installer un nouveau tribun, le CNT, et ainsi afficher au monde ses nouvelles conquêtes. C’est un signe que les masques tombent. L’après résolution 1973 se déroule doucement. Autant nous étions nombreux à tolérer une aide aux « insurgés libyens », autant nous serons encore plus nombreux à refuser que la Libye devienne une base militaire et une succursale à la disposition des puissances militaires occidentales, entraînés par l’axe « USraélien. » Je crains, pour ma part, que les Occidentaux, forts de leurs positions militaires et géostratégiques, ne soient de nouveau tentés par un impérialisme n’ayant plus pour fondement le colonialisme, mais une espèce de recours à des vendeurs à la sauvette de liberté et de démocratie accrédités par un label certifié made in BHL. Le plus dur pour les Libyens n’était pas de faire tomber Kadhafi ; ce n’était qu’une question de force et donc de temps. C’est chose facile. Le plus dur est à venir : celui de faire prendre conscience aux Libyen qu’ils sont enfin libres et qu’ils doivent désormais entrer dans une autre lutte, celle de rester maîtres de leur liberté. La Libye doit donner des gages de sa souveraineté à ses voisins directs, dont bien sûr l’Algérie. L’après-Kadhafi s’annonce périlleux.


Touhami Moualek

Par touhami - Publié dans : Néocolonialisme
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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 09:35

Colonialisme – La France doit assumer son passé colonial devant l'histoire.

 

Guerre-Alg-rie.jpgCette question ne se pose même plus, tellement la réponse semble évidente à toute conscience éprise de justice, de paix. Un système colonialiste des plus barbares, des plus abjects, des plus insoutenables, des plus criminels a sévi en Algérie durant 132 ans. Qui peut le contester ? Un système répressif, sanglant, si ravageur qu'il faudra, aux Algériens fiers et dignes, lui opposer leur bravoure, leur combattivité, leur courage de défier la mort à tout instant, restant debout malgré les stigmates d'un temps gris et incertain, gravés à l'encre rouge sang. Tant de vies brisées, gâchées, martyrisées, au nom d'une civilisation, prétendue supérieure, par des minorités, et qui n'avait de supérieur que son arrogance, sa perfidie, sa cruauté et sa bestialité. Qu'est-ce que l'Algérie aura retenu de la présence française ? Qu'est-ce qu'un oppressé peut retenir de la part de ses oppresseurs ? Humiliation, iniquité, asservissement, obscurantisme.

L'idéologie du colonialisme ne pouvait en rien être civilisatrice ; elle avait pour mission fondamentale de piller, de s'enrichir de tout ce que le sol occupé par la force pouvait fournir en matières premières. Les indigènes, les autochtones, les colonisés n'avaient qu'un droit, celui de subir et de se taire. La relation entre maître et esclave n'a jamais été autant mise en exergue, exercée et justifiée, que par le système colonialiste. J'ajouterai, parmi celles et ceux qui ont également droit à des excuses, les Juifs séfarades. En effet, ces derniers, chassés d'Espagne par Isabelle la catholique, avaient trouvé terre d'asile au Maghreb, bien avant 1830, année de débarquement des Français en Algérie. L'entente entre Juifs, Arabes et Berbères (principalement) était bonne, selon les Historiens. Il faudra un Adolphe Crémieux, député du département d'Alger (juif d'origine), pour franciser les Juifs d'Algérie par un décret ; décret portant son nom : décret Crémieux. Ce décret sera différemment interprété par la suite. Pour ma part, je pense qu'il s'agissait d'une stratégie politique, d'une ruse ayant eu pour objectif de se servir des Juifs bien implantés en Algérie pour mieux contrôler le pays, les Arabes et les Berbères, ces derniers étant régulièrement tentés de se révolter. Le problème, pour les Juifs d'Algérie par la suite, est le fait que les Algériens, restés eux indigènes, reprocheront à ces Juifs francisés de ne pas leur avoir témoigné plus de solidarité. En 1962, la quasi totalité de ces Juifs d'Algérie dut quitter le pays. 

Image-12.jpgBien sûr, on ne peut pas occulter le fait qu'il existait, en Algérie, des « Blancs » qui étaient animés d'un esprit fraternel, d'un humanisme sans conteste. Mais la réalité, celle d'un colonialisme cupide, cruel et autoritaire, balaiera ces quelques êtres humains perdus au beau milieu d'un tas de mercantiles salauds qui n'avaient qu'une chose en tête : régner en maîtres. Erreur fatale ! Le 5 juillet 1962, l'Histoire, au prix de tant de larmes, de sang versé, remettra les pendules à l'heure. L'Algérie accédait à sa souveraineté nationale : l'indépendance.

Le colonialisme a déshonoré tous les pays qui l'ont adopté en tant qu'idéologie. La seule réhabilitation possible est la voie (ou la voix) du pardon. Non pas d'un pardon qui consisterait à se mettre à genoux, ce n'est pas le but recherché, mais d'une réelle reconnaissance que des crimes odieux ont été commis au nom d'un système politique colonialiste inhumain, barbare, et dont une quelconque interprétation positive serait un nouvel affront envers les colonisés et leurs enfants.

Comme la Shoah et comme le 11 septembre, sera-t-il, en France, interdit de parler de la guerre d'Algérie ?  Le film "HORS-LA-LOI" de Bouchareb est interdit dans plusieurs villes de France. La liberté d'expression selon qu'elle dérange ou pas ; en somme à géométrie variable.

Je n'ai conservé en héritage du colonialisme en Algérie que la langue du colonisateur !  

Touhami Moualek

Par touhami - Publié dans : Néocolonialisme
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Samedi 20 août 2011 6 20 /08 /Août /2011 20:04

jdcewsy8.jpgLes donneurs de leçon sont ceux qui croient tout savoir, tout connaître et tout comprendre ; ils sont hautains, pédants, arrogants et suffisants ; cela ne vous rappelle-t-il pas quelques amers souvenirs, amis ex-colonisés ? Je ne me sens donc en rien concerné, puisque j'appartiens à celles et ceux qui en apprennent un peu plus à chaque jour de leur existence.

 

Le sage n'est pas celui qui sait, il est celui qui scrute l'horizon pour en deviner tous les chemins.

Mais peut-être que le site "Iferhounène" pourrait lui se sentir proche de cette culture du tout savoir. En ce cas, c'est son problème ; qu'il le résolve de lui-même. Je n'ai pas l'honneur de connaître en détail ce site. 

 

 

Réponse à mes détracteurs, toujours les mêmes d’ailleurs.

 

Les groupuscules séparatistes Kabyles (qui peut les nier ?) :

 

261054_1778102170_6818882_n.jpg Quand je parle de groupuscules séparatistes de Kabylie, j'évoque bien entendu la minorité d'intellectuels et de politiques algériens de la région de Kabylie, infiltrée (la minorité) par le sionisme, et qui a tenté de braver les autorités algériennes en exigeant une autonomie régionaliste allant ensuite vers une indépendance de cette région de l'Algérie. Je sais que l'écrasante majorité des Kabyles est fière d'être algérienne et tient les séparatistes kabyles pour des "traîtres" à la Nation algérienne. Je ne voulais en aucun cas accuser, incriminer ou décrédibiliser les Kabyles, pour lesquels j'ai un profond respect et une grande sympathie. Celles et ceux qui me connaissent savent que je suis un homme intègre et fidèle à ses convictions.

 

Je n’ai nullement l’intention ou l’envie de polémiquer avec des fauteurs de troubles et des diviseurs parce que cela n’en vaut vraiment pas la peine. Je préfère consacrer mon énergie à la défense du peuple palestinien, principale victime du sionisme.


 

Critiques du monde arabe et plus généralement du monde musulman :


Mes critiques s’adressent essentiellement aux dirigeants arabes qui sont à la tête de pays riches, grâce aux hydrocarbures, et qui ne font rien pour aider concrètement leurs frères palestiniens. C’est pour cette raison qu’il me semble que le monde arabe (je parle là du monde arabe essentiellement, mais cela peut englober le reste du monde musulman) n’est plus en phase avec ses valeurs qui firent, jadis, sa gloire. Tout le monde l’aura bien compris. Car semble-t-il, certains énergumènes, toujours les mêmes, n’apprécient pas mes critiques. Mais c’est ainsi, car nous sommes encore en démocratie. On peut bien entendu me critiquer, mais pas par des attaque personnelle ; leurs auteurs se discréditeraient d’eux-mêmes.

 

Article concerné 


Mon point de vue sur l’Algérie et les « Sionistes » :

 

L’Algérie est indivisible


L’Algérie n’est pas à vendre

 

Touhami Moualek

 

Site Iferhounène

Par touhami - Publié dans : Néocolonialisme
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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /Mai /2008 20:27

Ces deux pays auraient tant à se dire, tant à faire ensemble : dommage, quel gâchis !



Un hélicoptère de combat volait bas, passant dans un ciel bleu azur resplendissant. Seules quelques tâches intruses blanchâtres maculaient la voûte céleste suspendue au-dessus de ma tête. Par miracle, ce ciel ne me tombait pas dessus. Le bruit de l’hélicoptère m’effrayait ; un cauchemar ! Grand-mère était proche, assise dans une pièce conservée fraîchie grâce aux volets entrebâillés et à l’imperméabilité des murs étanches construits de granit et de terre. Je courus me réfugier auprès d'elle. Elle était adossée contre le mur, dans une pénombre, un clair-obscur doux et reposant. Elle comprit mon effroi, perçut mes craintes ; aussi, elle m’ouvrit grand ses bras pour m’accueillir comme on accueillerait son bien-aimé. La tendresse, qu’elle m’offrait, suffisait à dissiper en moi toute persécution, toute agitation intérieure due aux tumultes et aux horreurs qui se déroulaient dehors, à deux pas, lorsque j’entendais des chargeurs de fusils mitrailleurs se vider et libérer leurs douilles jaune ocre.

Dehors, mère, en compagnie de mes jeunes tantes, s’activait à cacher, à recouvrir de végétaux et divers branchages une voiture. Le véhicule ne devait en aucun cas être aperçu du haut du ciel par les occupants de l’hélicoptère, au risque d’attirer leur attention.

« Ne t’inquiète pas fiston, l’hélicoptère survole les environs et repartira aussitôt », me dit grand-mère, tentant d’atténuer les frissons qui s’emparaient de tout mon être.
 

Puis, le bruit de l’hélico baissa, s’éloigna progressivement, cessa de gronder, disparut dans un ciel toujours immoblie. Une fois de plus, j’étais pris d’une terreur, d’une peur bleue dont les effets marqueront mes souvenirs pour le restant de ma vie, et me poursuivront, ressurgis en des cauchemars épouvantables. Prévenu par des cris de désespoir, de désarroi, père s’était enfui, rejoignant de hautes collines, de l’autre côté d’un oued proche de notre demeure. Depuis le début de la guerre d’Algérie, il était recherché par l’armée française. Je connaissais l’endroit où il était caché, terré en compagnie d’autres frères d’armes. Je l’avais, un jour et tout à fait par hasard, vu sortir de sa cachette. L’endroit était tout proche. Grand-mère se doutait de quelque chose. Inquiète, elle tint à ôter le doute. Un matin, elle m’avait interrogé :

 

« Fiston, sais-tu où se cache ton père ? 


Naturellement, je pris grand-mère par la main, la conduisis précisément là où se terraient père et ses camarades. Affolée, grand-mère se tourna vers mère et lui lança :

« A la moindre patrouille qui passerait, par Dieu ! éloigne ton fils et prends garde qu’il n’ait aucun contact avec les soldats français ; inconsciemment, il vendrait son père pour une tablette de chocolat ou de chewing-gum ».
 

MTEn effet, j’avais sept ans à peine. Que pouvais-je, à cet âge, comprendre de cette sale et ignoble guerre coloniale ? Une guerre qui allait durer huit années et semer haine et souffrance dans toute l’Algérie. Et lorsque des soldats venaient vers moi, tendant une barre de chocolat, me demandant si je savais où père se cachait, mère, sentant le danger, me prenait dans ses bras, me pinçait discrètement à la cuisse. La douleur me faisait hurler. Me voyant pleurnicher et pensant que cela était dû à la peur du soldat en uniforme, les Français m’épargnaient. Grand-mère et mère étaient enfin soulagées. Père l’avait encore échappé belle.
 

Puis d’images affreuses en images laides et vilaines d’une enfance, que j’aurais aimée paisible et quiète, nous nous acheminions vers une inéluctable indépendance de l’Algérie. Le Grand Charles de GAULLE, faisant fi de toutes les pressions politiques et militaires adressées par les voleurs de mémoire, habitant l’Algérie, comme habitent les nomades, le temps d’une nuitée, un coin de désert, ordonnait un référendum ; et sans surprise, le peuple algérien votait pour son droit à une indépendance. Joies pour les uns, peines pour les autres, ainsi l’histoire en avait décidé en ce mois de juillet 1962. Et je n’avais toujours pas atteint mes sept ans.
 

Vêtu d’un habit militaire et d’une casquette vert foncé, père paradait avec l’armée algérienne, celle qui avait arraché, au prix de ses tripes, de son courage et de sa pugnacité, au prix de sacrifices humains qui forcent le respect et l’admiration, l’indépendance à des colons, des pieds-noirs qui luttèrent jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute, becs et ongles. En vain. Que peut-on opposer à un peuple lorsque celui-ci se lève et se bat pour sa liberté, sa dignité, son honneur ? Rien. On ne peut que passer sa route, son chemin, comme un fleuve glisse de ses eaux vers la mer, sa destinée finale. Les drapeaux vert et blanc, frappés du croissant de lune et de l’étoile à cinq branches, m’apparaissaient par milliers. Je ne comprenais toujours pas ce qui se passait. Mais en voyant père et mère heureux, grand-mère radieuse, je ressentis comme un vent de liberté, comme une espèce de douceur, une clémence d’un temps qui venait enfin de changer de face, passant du noir au blanc, couleurs des dernières images conservées dans ma mémoire de cette triste période endeuillée, souillée et martyrisée à jamais. Je n'entendis plus les fusils mitrailleurs, ni les hélicoptères, ni ne vis de patrouilles.
 

J’apprendrai plus tard, de la bouche de mère, que grand-père était mort, abattu d’une balle dans le dos par de lâches individus. Qui pouvait affronter grand-père de face ? Personne n’était de taille à lui tenir tête. Il ne restait aux couards que la traîtrise pour accomplir leur sinistre besogne, leur lugubre dessein : abattre un homme quand celui-ci a le dos tourné. Quelle traîtrise, quelle lâcheté !
 

J’avais quelques semaines, lorsque grand-père me prit dans ses bras et implora :

« Souris-moi au moins une fois, que je voie ton sourire avant de partir ; des lâches, des traîtres, ont juré ma perte ! »
 

Selon mère, je lui souris effectivement. Et il partit ravi ; ravi d’avoir un petit-fils ; ravi d’avoir laissé un fils en âge de se battre pour la liberté, la justice et la paix ; ravi d'avoir été grand-père d'un garçon, même pour quelques jours.

Aux "voleurs de mémoire", il faut que ceux-ci sachent qu’on ne peut voler leur mémoire aux braves ; on peut tout juste égratigner leurs souvenirs, le temps d’une halte dans le royaume de leur grand courage. Il y a des citadelles qui sont imprenables, celles gardées par les clés de la foi, de la volonté de se surpasser pour un idéal, un choix : celui de rester ce que l'on est, de simples hommes, de simples femmes, éternelles créatures  sentant les vents souffler, la pluie tomber, et travaillant la terre pour en tirer sa nourriture : la vraie vie. Les Fellahs sont ceux qui ont réussi, ils ont su sauvegarder la grandeur et l'innocence de leur âme.
 

Et moi, je rejoignis, en Octobre 1963, le pays de Jean-Paul SARTRE, celui qui écrivit, dès 1955 : « l’Algérie n’est pas la France ».  Et depuis, nous ne nous sommes plus quittés. Albert CAMUS était mort depuis près de trois ans déjà. Lui qui avait dit : "Les Arabes n'ont d'inférieur que leurs conditions sociales."

 

Touhami Moualek

Par Moualek Touhami - Publié dans : Néocolonialisme
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Samedi 24 février 2007 6 24 /02 /Fév /2007 20:27





Le Président Nicolas SARKOZY se rendra en visite officielle en Algérie à partir du 3 Décembre 2007, jusqu'au 5 décembre 2007, me semble-t-il. Voici un article écrit le 27 février 2007 ; nous étions en pleine campagne pour la présidentielle. L'histoire entre la France et l'Algérie a été tumultueuse. Aujourd'hui, persister à nier l'histoire, c'est se voiler la face. Et quand on se voile la face, on ne voit plus rien. En somme, on devient aveugle.

Oui, je suis un citoyen républicain et un Français – par choix – d’origine algérienne. J’ai toujours respecté la minorité de Français (pieds-noirs notamment) qui avaient cru en l’Algérie française, et qui avaient eu une attitude loyale et honnête envers l’Algérie et les Algériens (autochtones). Ces personnes sont aujourd’hui les bienvenues en Algérie. De même que j’ai tout de suite compris la lutte nécessaire et inévitable qui a été conduite par les Algériens (dont mes propres parents) pour l’accession à l’indépendance de l’Algérie. Je partage et j’ai partagé entièrement cette lutte, comme de nombreux Français de la métropole auxquels, d’ailleurs, on cachait la vérité sur ce qui se déroulait réellement en Algérie. Je me souviens de la misère et des conditions de vie épouvantables connues par mes parents et mes grands-parents. Pour recouvrer leur dignité et leur liberté, les Algériens n’avaient d’autre choix que celui de se battre. Ils l’ont fait et ce fut un acte de courage et de bravoure qui me vaut, à moi fils d’immigré, l’honneur de marcher la tête haute et d’être enfin respecté. L’histoire a parlé. Elle n’a eu besoin d’aucun historien. Les hommes libres écrivent l’histoire de leurs mains, les autres (les imposteurs) la narrent bien après, à l’abri du vent et des tempêtes. Qu’importe, la vérité seule connaît les voies sacrées de la liberté.


image_71489168.JPGEt voilà un homme, un Français d’origine immigrée, tout comme moi, qui vient de Hongrie et qui se permet, au nom d’une arrogance qui rappelle justement le temps des colonies, de prétendre que la colonisation est un acte de civilisation. Quel mépris ! Quelle honteuse provocation ! Comment un homme sensé peut-il prétendre que l’asservissement, l’oppression, la soumission et la contrainte sont des actes conduisant à une quelconque civilisation ? Je remercie, au passage, Mme Ségolène Royal d’avoir dit avec un grand courage : « nous avons assez pillé les Africains ! ». La conception philosophique qui place l’homme et les valeurs humaines au-dessus de tout le reste s’appelle l’humanisme. Exactement ce qu’était Monsieur Albert Camus (Algérien de naissance) qui avait eu cette phrase, prémonitoire, dans son contexte, de ce qui allait se passer : « les Arabes n’ont rien d’inférieur, si ce n’est leur condition sociale ». Preuve, s’il en est, que les « indigènes » Algériens étaient considérés, non seulement comme des citoyens de seconde zone (par le code de l’indigénat) mais plus ignoble encore comme appartenant à une race inférieure. Et monsieur Nicolas Sarkozy, en toute impunité, nous fait l’apologie et la glorification du colonialisme. Il ne s’agit pas bien sûr de faire le procès de la France en permanence, ce serait malhonnête par rapport à tous les véritables humanistes français qui ont accompli des actes généreux et bienfaiteurs à travers la planète entière, mais de reconnaître les méfaits du colonialisme lorsque la France occupait par la force des territoires appartenant à d’autres peuples, d’autres gens, d’autres civilisations. Et à tous ceux qui prétendent que cela rabaisserait la France, je réponds que la France en sortirait grandie et honorée.


En réalité, Nicolas Sarkozy jette de l’huile sur le feu, attise les haines et souffle sur les braises des ressentiments. Ses discours sont à géométrie variable. Car où a-t-il tenu de tels propos sur le colonialisme ? Précisément dans la ville de Toulon. Et chacun sait que la ville de Toulon a été aux mains du Front National. Sans doute pour courtiser les électeurs de ce parti, et s’adressant particulièrement à la nombreuse communauté pied-noir de la ville et de la région, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité un seul instant à rallumer les flammes passionnelles de la guerre d’Algérie. Cet homme n’est pas pour la paix sociale, pas pour la cohésion et la fraternité entre les différentes communautés françaises. Il divise, il crée le trouble entre les différentes minorités, il monte les uns contre les autres. Il ne peut donc être le Président de tous les Français. La seule réponse à ces propos dangereux et irresponsables est celle des valeurs de la République. Cette République que des hommes dignes et courageux n’ont pas attendu après Nicolas Sarkozy pour l'instaurer. Car la France est tout le contraire de ce que Nicolas Sarkozy veut nous faire croire. Les valeurs françaises sont celles de la liberté, de la justice, de l’humanisme, de la tolérance, de la recherche de la vérité et de la fraternité. Qui pourrait prétendre le contraire ?
 

Une société dans laquelle l’homme ne serait pas le point central serait vouée à l’échec  (Touhami Moualek)


Touhami Moualek

Par Moualek Touhami - Publié dans : Néocolonialisme
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