Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 00:02
Un holocauste programmé et qui dure depuis plus de 60 ans, déjà !




Permettez-moi, Monsieur le Président de la République française, de m'adresser à vous par la présente lettre :


Monsieur Nicolas SARKOZY, vous êtes censé être, selon notre constitution, le Président de tous les Français. Permettez-moi de vous dire clairement, vous avez aussi un langage franc et direct, que nous sommes nombreux à nous interroger sur cette réalité que je qualifierais, à l'heure actuelle, de simple postulat. Vous avez, en effet, à plusieurs reprises, exprimé ouvertement, de manière ostensible et assez singulière, votre contestable solidarité envers des populations françaises, ciblées dans votre esprit (c'est ainsi que nous l'avions compris), et habitant les banlieues ; notamment les banlieues de l'Île-de-France. C'était au cours de vos fonctions en tant que Ministre de l'Intérieur, et aussi lors de la campagne électorale de 2007 qui s'ensuivit.


Vous n'ignorez pas, Monsieur le Président, que l'attaque disproportionnée de l'armée israélienne sur GAZA résulte d'un conflit extrêmement complexe par ses aspects historiques et humains, mais aussi par ses différents aspects politiques. Ce dossier est également très sensible en France, parce que cohabitent, entre autres, sur le sol français, avec fraternité, solidarité et intelligence, signe d'une grande tolérance, des citoyens d'origine juive et des citoyens d'origine musulmane. L'attitude de ces deux composantes de la Nation française, par ce qu'elles apportent à notre société, a été exemplaire, tant sur le plan de la responsabilité, que sur le plan purement citoyen. Et il n'y a aucune raison pour que cela change. Personne n'en doute une seule seconde. Les quelques provocations anonymes dues à des « extrémistes », pour reprendre le terme du Premier Ministre actuel, n'y changeront rien. Parce que nous sommes tous, avant toute chose, des démocrates attachés aux valeurs de notre République ; une République laïque précieuse et à laquelle nous tenons.


Vous êtes, Monsieur le Président, issu de l'UMP, votre parti politique d'origine, mouvement lui-même découlant du RPR ; parti politique largement imprégné par les courants et les idées du gaullisme. Dans le conflit israélo-palestinien, la voix de la France, qui était incarnée par Monsieur Jacques CHIRAC, Président auquel vous avez succédé, affichait une neutralité. En effet, la diplomatie française orientait sa politique, inhérente à ce douloureux conflit, vers des appels au dialogue entre les deux peuples, exigeant de ces derniers qu'ils recherchent, à leurs différends, une solution négociée et pacifique par des voies politiques et diplomatiques. Vous avez vous-même souligné, à juste titre, qu'il ne saurait y avoir de solution militaire à cette crise du Proche-Orient. Cette sage remarque est dans la traditionnelle ligne politique française et je m'en suis, comme beaucoup d'autres Français, réjoui.


Cependant, je dois observer que vos différentes déclarations, concernant ce dossier, insistent sur vos liens amicaux, étroits et privilégiés, ainsi que vos visibles affinités avec les dirigeants israéliens. Il est de votre droit le plus absolu de vous lier d'amitié avec celles et ceux de votre choix, ce n'est pas un reproche qui vous est fait ; la question ne se situe pas à ce niveau. Mais j'ai toutefois noté, comme beaucoup de Français, que vous avez, lors de votre dernier et récent déplacement au Moyen-Orient, tout au début de l'offensive israélienne sur GAZA, explicitement dit que les responsables du HAMAS, mouvement que vous désignez comme terroriste alors que celui-ci a été démocratiquement élu par le peuple palestinien (n'est-ce pas un manque de respect pour ce peuple ?), avaient commis des fautes impardonnables et que par voie de conséquence ils étaient les seuls responsables des tragédies actuelles. Permettez-moi, Monsieur le Président, de vous faire remarquer qu'il s'agit-là d'un raccourci rapide et un peu facile. Au regard de nos multiples expériences de la vie, nous avons tous eu la preuve que tout n'est jamais blanc d'un côté et noir de l'autre. Comme dans un couple en désaccord, les torts sont toujours partagés. Il aurait été donc plus sage, plus avisé et plus prudent de votre part, de faire preuve de mesure, de retenue dans vos analyses. Non que je vous refuse le droit d'avoir vos opinions, mais plus parce que vous êtes le porte-parole de la France et des Français, et que ceux-ci sont composés d'une grande diversité. Car vos déclarations vous ont immédiatement désigné comme juge et parti. Et on ne peut évidemment pas être juge et parti tout en prétendant jouer le rôle d'un médiateur dans un dossier aussi compliqué.


Aussi, Monsieur le Président, cela me conduit à vous exprimer mes inquiétudes, et à vous poser une question. Tout d'abord, mes inquiétudes portent sur la position de la France dans ce dossier israélo-palestinien. Par votre voix, cette position semble de plus en plus glisser vers celle de Washington (pro-israélienne), et ainsi sortir de sa traditionnelle neutralité qui était affichée jusqu'à votre arrivée à l'Elysée. En effet, vos franches prises de position en faveur des dirigeants israéliens inquiètent bon nombre de Français, dont je fais partie, qui pensent que la voix de la France doit être impartiale, juste, mesurée, et doit s'en tenir à une politique de réconciliation, d'appel au dialogue, de recherche d'une paix qui soit juste et durable pour les deux peuples concernés. Il n'y a pas d'autre solution que celle de deux Etats cohabitant de manière pacifique, et assurant la paix, la sécurité et la pérennité aux deux peuples concernés. Et cette voie ne peut être que politique ; tout le monde s'accorde sur cette solution.


Ensuite, et j'en arrive à ma question : ne pensez-vous pas, Monsieur le Président, que vos déclarations, entendues ici et là, qui mettent en avant de manière incontestable vos faveurs pour l'Etat hébreu, sont susceptibles de créer des troubles et d'encourager des actes criminels isolés, dus soit à des émotions personnelles, soit à des fanatismes quelconques, au sein de la population française qui compte, faut-il le rappeler, des millions de Français de confession musulmane, et des centaines de milliers de Français de confession juive ? En effet, ne croyez-vous pas, Monsieur le Président, que l'unité nationale de la France et ses intérêts supérieurs passent avant des convictions et des préférences de caractère privé et strictement personnel ?


 N'y voyez, Monsieur le Président, aucune attaque personnelle, il s'agit juste d'exprimer des inquiétudes qui sont réelles au sein de la population française. La France n'a pas pesé, comme elle le faisait jusqu'ici, de tout son poids pour appeler fermement Israël à une retenue et adresser un appel à un cessez-le-feu immédiat. Vous comprenez aisément que nous puissions interpréter votre silence comme un aval aux attaques israéliennes et une porte ouverte à la continuité des massacres et des actes de sauvagerie et de barbarie auxquels nous assistons.


Je vous remercie, Monsieur le Président, de l'intérêt que vous porterez à cette missive et aux angoisses qu'elle exprime, et que vous nous apporterez toute précision au sujet de nos interrogations, au demeurant légitimes par rapport à notre statut de citoyens français responsables et engagés pour la justice et la paix dans le monde.


Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à ma très haute et parfaite considération.



Touhami Moualek,

Citoyen démocrate et républicain français

Par Moualek Touhami - Publié dans : Conflit au Proche-Orient
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